il ne pouvait rester insensible à cet appel. Timidement, car la vie lui avait appris à relativiser, il se lève et s’approche de l’arbre. – Mon Prince, je crois qu’il faut , comme dans une de nos sagas, parler de passé et d’avenir. De passé car il nous a construit et d’avenir parce que il reste à le construire. Le passé n’est pas que celui des affrontements de jarkov avec Celtic, Mandaramand, Gannika, Golgol … (Il sourit en évoquant ces disparus et leurs luttes mémorables) Il est aussi celui qui a vu cohabiter pacifiquement cette culture ancestrale avec l’église en Bretagne et l’acceptation que les deux sont la même chose, l’expression d’une spiritualité complémentaire bretonne. Je vais donc revenir un peu sur ce qui pour moi est fondamental, je m’excuse si je déborde un peu, je suis sur que l’on me recentrera rapidement. Au commencement, pour moi … (une légère pause) La Bretagne est née d’abord de la volonté de ceux qui composèrent l’ordre de l’hermine et dont les noms se font trop rares maintenant dans nos discussions et nos pensées. La Bretagne s’est créée, s’est voulue, s’est bâtie sur un certain nombre de bases que nous ne connaissons pas tous nous même et que l’on résume trop facilement. Pour moi, ce programme de base avait des lacunes : en effet il ne reposait que sur une dynamique d’opposition avec la France qu’il faut assumer et ne pourra tenir le choc longtemps uniquement en autarcie. En effet, dans cet enfermement , cette caravane qui fait le cercle face aux français, on a aussi une spirale d’appauvrissement qui amène à cette ambiance de guerre permanente, de sécurité à outrance qui autorise tout ce qui a pu être l’empilement juridique, les lois d’exceptions et tout ça. La paix fragile dans laquelle on vit ne garantit que peu de choses finalement. Pour ma part, il faudrait déjà s’assurer d’une chose : le vouloir vivre (RP) breton actuel doit survivre et dépasser la simple question de l’indépendance. Déjà parce que celle ci n’est jamais acquise et que l’on ne garde pas une situation statique longtemps. L’indépendance est une position statique qu’il faut tenir et tout le monde s’épuise à le faire. Or c’est là que l’enracinement dans notre culture et notre foi jouent leur rôle de racines. Mais les racines sont aussi ce qui nous amène à grandir, à pousser dans une direction ou l’autre. Il me semble qu’une partie de la racine du mal se trouve à la base dans l’absence d’explication et d’explicitation du projet breton aux bretons et aux non bretons. Le breton est élevé au chouchen (sans forcément qu’il sache à quoi ça correspond, savoir si c’est bon, ce qu’il pourrait boire d’autre en bretagne), à la haine du français, on lui explique qu’il doit être un peu druide, le normand élevé au calva, à la haine du breton et phookaiste. Ça n’est pas des symboles, des a peu près, des raccourcis voire certaines horreurs historiques qui font société et qui bâtissent un projet commun pour mémoire je rappellerais le débat sur la bretonnitude http://archivesbretagnerr.actifforum.com/RP-divers-c1/Debat-f10/RP-Question-pour-un-Breton-t19.htm et je rappellerais ce que j’y ai écrit [quote]Qu’être breton ne se résume pas dire noz vat ou kenavo. Moi je suis respectueux du breton, je ne le brandis pas comme un étendard dans la tronche du premier venu. Qu’être breton n’est pas picoler du chouchenn ou de la prune et dire du mal des normands en taverne, dans toutes les autres provinces c’est pareil Qu’être breton n’est pas se dire adorateur des druides parce que cela fait breton. Qui ici est réellement capable de dire ce qu’était la foi des celtes ? De comprendre le sens des cérémonies et interventions, telles celles qu’a faites tamuril et auxquelles quasiment personne n’a participé alors que tous se dressent pour dire qu’il faut suivre la voie des anciens. C’est courir après cet idéal celtique, avoir le sang qui bout à l’idée d’un raid chez les voisins, vouloir prendre le large dès que l’on fait face à l’océan, gratter la terre pour en tirer sa maigre pitance par ce que ça nous permet de montrer que l’on en est le maître, c’est croire en la puissance de la main de Dieu qui guide la volonté des hommes et en fait ses pantins, c’est avoir des coutumes et des traditions que l’on doit connaître et respecter avant de les caricaturer, c’est arriver à s’enchanter par une ballade en forêt … [/quote] bref, moi je suis pour une terre d’aventure, de légende, et pas de gratte papiers ploutocrates. La dedans rien n’est incompatible avec d’autres paramètres politiques, economiques ou religieux. – Selon moi c’est déjà dans cette absence d’explication et d’explicitation du projet breton de départ que nous avons la première faille. En effet, nous n’avons pas fait collectivement l’effort d’expliquer aux gens ce qu’était être breton et par diffusion, dilution, reproduction de faussaire, tout le monde suit la pente la plus douce, la plus simple, pour arriver à cette bretonnitude abatardie qui fait que l’on identifie son appartenance à des postures, à des ritournelles comme le kenavo (argh, quelle horreur, maintenant on se dit ken’ et noz’ et trug’ en taverne) et le chouchenn, par le fait qu’il n’y a plus que les militaires et l’armée qui soient bretons … etc. Ou se trouve la spécificité bretonne là dedans ? C’est bien aussi par le choix collectif fait dès le départ de faire un destin (RP) commun propre à la bretagne, fort, pour faire se reposer l’indépendance sur ce consensus (RP). Pourquoi dans ce cas, ces racines ne sont pas expliquées, décrites, partagées avec tous les bretons ? Pourquoi tous les sujets les plus culturels, les plus constitutifs de l’identité bretonne sont les plus absents ? Point d’académie qui fonctionne à long terme, point d’écoles qui tiennent plus d’un délestage de forum, les projets liés à la breizhification des termes sont sans cesse reportés ou abandonnés. Pourquoi s’intéresse t on plus à des comptes d’apothicaires de relations de tabellions et de commerce qu’à notre passé, à nos légendes, à nos saints ? A ce titre, beaucoup de comtés français ou du serg présentent leur particularisme de manière beaucoup plus forte. Je reviens d’helvétie, ils sont par certains aspects bien plus helvètes que les bretons sont bretons . Or c’est aussi le quotidien qui façonne la vision. Pour moi le destin breton n’est pas une question d’indépendance, mais surtout d’arriver à ne plus dépendre uniquement de l’indépendance pour se développer voire à pouvoir s’en passer (en effet, on perdrait cette indépendance, comment garderions nous notre contrôle de notre destin (RP) ??) Or maintenant, nous sommes en paix, fragile, certes, mais en paix. Et nous nous retrouvons, tel l’ivrogne qui a houspillé tout son saoûl le reste de la famille au mariage la veille, se retrouve avec la gueule de bois et tout le monde qui lui fait la tronche au petit matin sans trop savoir pourquoi. On a beaucoup mis sous le coude, reporté à plus tard, car il y avait d’autres urgences. Or pour moi l’urgence, c’est justement ce que l’on ne peut reporter, à savoir le contrat de base, le lien qui nous unit. Je pense que l’on a bien trop cherché à s’identifier , à se personnaliser, contre, en opposition à d’autres, alors que je pense qu’il aurait fallu le faire en se disant qu’on le fait pour rassembler et unir. A ce niveau, je pense que le druidisme, comme la foi en l’église, l’organisation militaire, la culture, l’administration, le patois, la vie locale, ne sont que des aspects d’une même question : qu’est ce qui nous rassemble comme bretons, qu’est ce qui est essentiel ? Et non chercher à nous différencier en créant des classes, des ordres, des groupes, des mouvements. Mais savoir ce qui nous rassemble librement, par l’adhésion consentie, réfléchie, et non par l’intérêt ou le calcul. Maintenant posons nous la question sur le druidisme : tous les bretons devraient ils être druides ? non, à l’évidence. Mais tous les bretons devraient savoir ce que cela apporte à la Bretagne d’avoir cette culture ancestrale. Tous les bretons devraient ils être bardes ? Non, à l’évidence. Mais tous les bretons devraient avoir le réflexe de reprendre en choeur le chant naturel qui sort d’une gorge relachée en taverne après une rude journée de travail ? Devrait on les y obliger, rendre cela obligatoire ? A l’évidence non, mais il faudrait faire en sorte que cela ne soit pas une contrainte, mais une seconde nature. Or pour cela, je pense qu’il n’existe que l’exemplarité, le dialogue, le partage, le détachement de tout ce qui peut être un enjeu, pour se concentrer sur ce qui rassemble et non ce qui divise. J’ai visité les paroisses bretonnes. Combien de nos concitoyens dorment ou sont atteints de torpeur ? Réveillons les ! Mais faisons le, au lieu de se demander si il faut le faire au son de la cloche ou de la bombarde, si il faut faire un groupe ou si on doit avoir un responsable, si ça serait pas mieux fait autrement, si d’autres pourraient pas mieux le faire. Bref, j’ai trop parlé et pas assez du sujet, mais j’ai subi le silence de la réflexion depuis l’helvétie pendant mon retour ici et cela fait bien longtemps que je murissais ces paroles. Toutes mes excuses pour la logorrhée.